« Rendez-nous nos filles, otages de Boko Haram ! »… Le mouvement #BringBackOurGirls, peine à s’imposer en France. Ph Rochot

L’anniversaire d’une détention est toujours un événement. Pour les victimes d’abord. Mais aussi pour l’opinion. L’enlèvement des 270 jeunes filles, par les combattants de Boko Haram il y un an à Chibock, dans le nord du Nigéria, avait tellement frappé les consciences, que cet anniversaire ne pouvait guère passer inaperçu. Il était marqué dans le monde entier par des rassemblements, des veillées, des prières, avec le même slogan: “Rendez nous nos filles”, #Bring back our girls”…

Bring back our girls Paris 14 avril 2015 (3) (Copier)

A Paris, il n’y avait pourtant pas foule dans les allées écrasées de soleil du Champ de Mars où un collectif d’associations plus ou moins connues, comme le “Mouvement Pour la paix et Contre le Terrorisme” a voulu marquer l’événement. Mais le coeur y était…Seule personnalité à se détacher du lot: Valérie Trierweiler qui aura cette phrase émouvante: “il y a des cours de récré où les cris des enfants ne résonnent plus.” Et d’ajouter qu’il ne faut pas oublier non plus que 2000 femmes sont aujourd’hui prisonnières de Boko Haram.

Bring back our girls Paris 14 avril 2015 (1) (Copier)

A cette manif de solidarité, on comptait plus de journalistes et de photographes que de participants. Patricia Philibert, secrétaire génrale de l’Association “Otages du Monde” explique cette faible présence par “une usure dans la mobilisation, alors qu’il y a dans le monde de plus en plus de cas qui doivent nous indigner… Or ici ajoute t-elle, c’est carrément un crime contre l’humanité. »

Malala Bring back our girls

Jean-Jacques Le Garrec, vice president de cette association de soutien aux otages estime que “devant l’horreur il faut être debout, même s’il y a très peu d’espoir de les retrouver… D’ailleurs même si elle sont libérées, elles seront sans doute rejetées par leur propre famille, pour avoir été mariées de force à des combattants de Boko Haram”. Car la seule nouvelle que nous ayons du sort de ces jeunes filles, c’est bien celle de leur mariage forcé, donnée sans scrupule par le chef de l’organisation terroriste, Aboubakar Shekau.

Malala Yousafzai, Prix Nobel de la Paix et soutien aux lycéennes otages de Boko Haram.

Ceux qui venaient comme moi à la manifestation pour tenter d’apprendre quelque chose sur le sort des fillettes disparues sont repartis déçus. L’Ambassade du Nigéria ne sait rien ou ne veut rien dire. Le directeur du Haut Commissariat aux Réfugiés, Zeid El Hussein a fait circuler la nouvelle selon laquelle les 270 lycéennes enlevées (dont 40 ont réussi à s’échapper) auraient été tuées, à Bama, assassinées, ou exécutées en représaille aux différentes offensives lancées dans la région par les armées du Nigéria et du Tchad.

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Mais on peut douter de cette information. Seul espoir, l’arrivée au pouvoir d’un nouveau président au Nigéria, Muhamadu Buhari, qui sera peut-être plus habile pour négocier avec la rébelion de Boko Haram et plus à l’écoute des populations de l’Etat du Borno: un Etat en décomposition totale où la capitale Maiduguuri accueille déjà 50 000 réfugiés et où 300 écoles ont été détruites.

Philippe Rochot

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Etre musulmane et s’attaquer aux salafistes… Rencontre avec une femme d’exception : Asma Guenifi. (conférence IHEDN)

Asma Guenifi possède l’assurance tranquille de ceux qui ont surmonté l’épreuve. Elle n’a jamais accepté la mort de son frère, assassiné par des membres du Front Islamique du Salut, mais plutôt que de s’enfermer dans sa douleur elle a choisi la lutte.

Asma guenifi capture écran F24

A 16 ans elle adhérait déjà à l ’Association des Femmes algériennes (Le Refus) qui lutte pour le droit des femmes et le rejet de la Charia. Après les attentats du 11 septembre et pour lutter contre l’intégrisme, elle rejoignait l’association « ni putes ni soumises », avant de créer « l’Association des femmes euro-méditerranéennes contre les intégrismes. »
En ce 2 avril, elle faisait salle comble dans un amphithéâtre de l’Ihedn (Anaj)
Elle définit le salafisme comme un mouvement sunnite revendiquant un retour à l’islam des origines, proche des Wahabites saoudiens et qui rejette tous les autres courants de l’islam. La grande majorité d’entre eux se présentent eux-mêmes comme salafistes. On ne peut considérer le salafiste comme un malade, mais il souffre quand-même d’une forte parano dit-elle…

Asma guenifiAsma Guenifi va classer ainsi les salafistes en trois catégories.

– Les salafistes inoffensifs, enfermés dans leur doctrine mais pacifistes.

– Les salafistes violents, qui se définissent eux-mêmes comme cet intégriste qu’elle a rencontré : « salafo-braqueur » et fier de l’être… L’homme estimait que ses braquages étaient destinés à faire le bien sur terre et à mieux répartir les richesses.

– Les salafo-suicidaires, qui en général n’ont pas de vie sociale. L’acte du suicide va leur donner un statut. Ils auront l’impression d’avoir fait quelque chose de leur vie. Ceux qui les endoctrinent s’efforcent de leur faire croire cela. Car dans la mentalité salafiste, le corps n’est rien. Il n’a pas de légitimité ; seule l’âme en a une. Il faut donc rechercher la pureté et la mort, le martyr (chahid) permet d’atteindre cette pureté.

Paris Teheran sur Seine 1980 modifParis pont des arts: 1980: Ph Rochot.

L’attitude des salafistes vis-à-vis des femmes est aussi très bien analysée par Asma Guenifi. Pour eux, la femme ne doit normalement sortir que trois fois dans sa vie : le jour de la naissance quand elles sort du ventre de sa mère, le jour de son mariage quand elle va rejoindre son époux au domicile conjugal et le jour de sa mort quand son corps est transporté au cimetière.

Pour Asma Guenifi, la frustration sexuelle pousse le salafiste à mépriser la femme. Elle est le mauvais objet. Pour cela elle doit cacher son visage comme elle doit cacher son sexe. Les bras nous en tombent quand elle raconte qu’un salafiste peut accepter de travailler seul dans un bureau avec une femme, à condition que celle-ci lui donne le sein car cela crée une relation mère-enfant et non plus une relation homme-femme, toujours suspecte…

Armée du djihad etat islamique 2014 Daech              Asma Guenifi ne parvient pourtant pas à cerner le problème des djihadistes occidentaux qui partent faire la guerre en Syrie. Certes ce sont des jeunes qui ont sans doute été écartés de la société, sans travail, sans reconnaissance, sans but et qui veulent donner un sens à leur vie mais c’est oublier qu’on compte quelques diplômés dans les rangs de Daech. Certains comportements ne sont pas compréhensibles et pas expliquables uniquement par « l’arrogance de la société ».

De même pourquoi les Jihadistes s’attaquent-ils aux autres musulmans et aux autres communautés mais ne font jamais le coup de feu contre Israël qui devrait symboliser pour eux le combat suprême ? Quel vaccin appliquer au virus du Jihadisme demande un auditeur ? Là aussi l’intervention de Asma Guenifi marque ses limites face à un problème qui nous dépasse et que notre esprit cartésien ne peut guère expliquer.
Philippe Rochot

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Entre « Révolution culturelle » et dressage de canidés: faut-il voir « Le dernier loup » ? Philippe Rochot

Chine revol cuturellle instruits à la campagne (2)L’histoire de la Chine des années 60 a toujours quelque chose de fascinant. La période où se déroule l’action du « dernier loup » de Jean-Jacques Annaud, 1967 devrait nous bouleverser : dix ans de révolution culturelle, la mise à sac des « quatre vieilleries » par les gardes rouges, lancés dans une opération destructrice sans précédent.

Les étudiants font passer les professeurs en jugement, les paysans jugent les propriétaires, les écrivains doivent répondre d’un comportement bourgeois et réactionnaire, et les enfants dénoncent leurs parents. Mais de cela nous ne verrons rien. On peut penser que l’œil vigilant du Parti a su lisser cette période qui dans le film de Jean-Jacques Annaud ressemble plus à celle d’un camp de vacances qu’à la purge impitoyable qu’elle aura été. De la « révocul » on ne voit guère qu’une file d’autobus et quelques drapeaux rouges circuler au pied de la Grande muraille avant de passer en Mongolie intérieure, comme le font chaque jour des centaines de cars de touristes. La révolution dite culturelle est quand-même présente dans la vie des deux étudiants venus « éduquer » les bergers, sous l’œil d’un commissaire politique plutôt « cool », qui répond aux ordres décalés et stupides donnés par Pékin.

Le dernier loupLes loups du dresseur Andrew Simpson: incontestablement les vraies vedettes du film…

Mais le but du film, tiré du best-seller de Jian Rong, « Le totem du loup », histoire sincère d’un homme tombé amoureux de la faune qui peuplait ces grands espaces, était de mettre en valeur la défense de l’équilibre naturel en Mongolie, plus que jamais menacé par le développement anarchique de la nouvelle Chine.
Et Jean-Jacques Annaud parvient à placer ce message, à travers le personnage de Aba, vieux pasteur mongol, sage et solide, garant de la tradition de la culture de son peuple et de son mode de vie. « Tuer les loups, traquer leurs petits va entraîner la prolifération des gazelles qui mangeront les herbes et priveront les troupeaux de leur nourriture essentielle. » De même si l’homme tue trop de gazelles, les loups n’auront plus rien à manger et s’attaqueront aux troupeaux de moutons. Là est sans doute la leçon d’écologie donnée par le film et livrée aux Chinois.

Le-dernier-loup-Critique7Shenzhen, étudiant envoyé à la campagne et qui adoptera le petit loup, « le dernier loup »…

On peut se rassurer en mesurant le succès du livre et du film : des millions de spectateurs et un ouvrage « le plus lu depuis le petit livre rouge »… Les Chinois sont sensibles aux problèmes d’environnement.
Mais au-delà de ce message il y a les paysages grandioses de Mongolie, le jeu des loups admirablement guidés par le dresseur canadien Andrew Simpson et qui nous font oublier les scènes « guimauve » que Jean-Jacques Annaud aime nous servir dans les films comme « l’ours » où il fait jouer des animaux. Il y a cette superbe séquence qui empêcha longtemps le réalisateur de trouver le sommeil : l’attaque d’un troupeau de chevaux destinés à l’armée populaire par une meute de loups, de nuit et en pleine tempête, qui se soldera par la mort des chevaux pris dans les glaces d’un lac gelé.

Loup Mercantour  GP TIR - Copie copieLoup du Mercantour (Photo Ph Rochot)

Je ressens finalement le film comme un spectacle mais où le réalisateur parvient à évoquer le fond du problème, celui du respect de la nature. Pour cela il peut être considéré comme une réussite et il faut voir « Le dernier loup ».

Philippe Rochotle-dernier-loup-affiche-france-258x350

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« Je vous écris de Téhéran », l’Iran vécu de Delphine Minoui… Philippe Rochot.

Il est acquis que l’homme cherchera toujours à retrouver ses racines. Celles de Delphine Minoui, de mère française et de père iranien sont à la fois dans l’hexagone et dans cette Perse qui a toujours fasciné l’occident . L’auteure appelle cela « le virus de l’iranité » et se jette avec passion dans ce pays si déroutant pour nous, méconnu, trompeur…

23 Iran révolution_1979    Téhéran, novembre 1979: prière à l’Université durant la détention de 53 diplomates à l’ambassade américaine. (photo Ph Rochot)

Le fil conducteur de l’ouvrage, « je vous écris de Téhéran » est une lettre posthume adressée à son grand-père à qui elle raconte ses découvertes, ses impressions, ses épreuves…

« Vue de l’occident, la république islamique est souvent perçue comme une puissance menaçante, prête à exporter la révolution, à frapper Israël avec ses missiles et à fabriquer sa bombe. Mais après plusieurs années dans ton pays, je prenais conscience que pour les Iraniens la lecture de leur histoire contemporaine était une suite de complots souvent menés par l’occident… »

Mohammad_Khatami        Mohamed Khatami,  président de 1997 à 2005, un espoir en son temps pour l’Iran.

Etre attachée à la culture iranienne n’était guère aisé dans la France des années 80, alors que le Chah venait d’être renversé et que l’ayatollah Khomeiny s’était installé au pouvoir. L’occident soutenait le dictateur irakien Saddam Hussein dans sa guerre contre la république islamique et l’Iran des mollahs et des gardiens de la révolution était montré du doigt dans les attentats de Paris ou les prises d’otages:                            « La description de l’Iran dans la presse française se résumait à trois mots : islam, tchador et terrorisme. »

Quand on est journaliste et qu’on a pareilles attaches avec une terre lointaine, l’envie est forte de se jeter dans l’actualité d’un pays en pleins bouleversements, tiraillé entre dictature et démocratie, entre conservateurs et réformistes. Dans cet Iran où elle débarque pour une semaine de reportage en 1997, elle va rester plus de dix ans, pleine d’espoir pour l’homme qui vient de s’installer au pouvoir : Mohamed Khatami.

Minoui je vous écris de T
L’Iran que nous fait découvrir Delphine Minoui n’est pas seulement fait de mollahs et de « bassidjis », ces miliciens chargés de la sécurité intérieure, mais aussi et surtout d’une jeunesse qui veut vivre, consomme musique, danse, flirte, fréquente les quelques cafés branchés et cherche à se dégager du régime. « Depuis peu, les couples non mariés s’affichaient dans la rue, ils se tenaient même par la main. C’était ça aussi, l’effet Khatami écrit-elle… En vingt ans, le nombre d’étudiants avait doublé. Avec plus de deux millions d’inscrits à l’université et un taux d’alphabétisation de 80%, la nouvelle génération constituait la principale menace au régime qui l’avait engendrée.. »

Femme d'Iran (Teheran time)

Les habits neufs de la femme iranienne (Photo Tehran times)

Le lecteur sera surpris de découvrir la vie cachée de Fatimeh femme d’un « bassidji » pur et dur, frappée de plein fouet par la modernité, la mode, les tenues sexy exhibées dans des réunions privées entre filles. Les personnages surprenants que Delphine Minoui nous fait connaitre ont pour nom Hossein Khomeiny, petit-fils de l’ayatollah, fervent partisan de l’intervention américaine de 2003 en Irak et favorable aussi à une intervention américaine en Iran pour y renverser le régime… Le livre nous fait croiser de nombreux défenseurs des droits de l’homme qui ont payé de leur sang et de leur liberté leur volonté de transformer le régime. L’auteur va même à la rencontre de la communauté juive qui sera la première à faire les frais des déclarations antisémites et négationnistes du président Ahmadinejad. Ces juifs d’Iran que l’on rencontre aisément aujourd’hui sur les marchés de Jérusalem étaient plus de 70.000 en Iran quand Khomeiny est arrivé au pouvoir. Ils sont aujourd’hui dix fois moins.

Minoui Téhéran

Mais l’itinéraire de l’auteur est au moins aussi attachant que celui des personnages qu’elle nous fait découvrir. Constamment harcelée par les services de renseignement iraniens qui tentent de l’intimider en refusant de renouveler sa carte de presse, en la convoquant pour des interrogatoires, en pillant même son studio parisien pour en voler l’ordinateur, bref en utilisant ce qu’elle appelle « le kit d’intimidation du reporter », elle n’en continue pas moins de témoigner. « Plus l’Iran me maltraitait écrit-elle, plus j’en redemandais, comme une femme battue qui refuse de reconnaître ses cicatrices».

Delphine Minoui va placer tous ses espoirs dans les réformistes susceptibles de faire basculer le pays vers une démocratie à laquelle aspirent tant d’Iraniens. Espoirs souvent déçus, surtout quand le très conservateur Ahmadinejad arrive au pouvoir à partir de 2005 après les années Khatami et vole sa victoire à Hossein Moussavi en 2009. On comprendra sa déception mais nous gardons en tête le slogan que lançaient des dizaines de milliers d’Iraniens au lendemain de ces élections truquées : « où est mon vote ? ».

la vague verte 2009Image naïve de la « révolution verte »… (affiche d’un film: Iran 2009, l’insurrection verte – Ali Samadi Ahadi)

Delphine Minoui et son mari Borzou, lui aussi d’origine iranienne, tiendront jusqu’au bout, jusqu’à découvrir à la télévision et dans la presse du régime qu’ils étaient clairement pointés du doigt : « les médias occidentaux dépêchent leurs reporters bi- nationaux en Iran pour espionner et glaner des informations illégalement ». Le retour de bâton, la revanche d’Ahmadinejad et de ses hommes de main étaient donc sans appel. Il fallait quitter l’Iran.
On pourra se rassurer en apprenant à la fin du récit que l’auteure et son époux sont retournés en Iran, avec leur fille Samarra au printemps 2014, alors que Hassan Rohani dirigeait le pays et prônait l’ouverture et le dialogue.
Philippe Rochot

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Delphine Minoui est lauréate et membre du Jury du prix Albert Londres pour ses reportages en Iran et en Irak. Elle est grand-reporter, correspondante du Figaro au Moyen-Orient. Après Téhéran et Beyrouth, elle vit aujourd’hui au Caire. Elle est également l’auteur des Pintades à Téhéran (Jacob Duvernet), de Moi, Nojoud, dix ans, divorcée (Michel Lafon), et de Tripoliwood (Grasset)

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« Papa hérisson rentrera-t-il à la maison ? » ou le rêve achevé de deux otages de Syrie…Nicolas Hénin et Pierre Torrès…Philippe Rochot

Les ex otages de Syrie n’ont pas fini de nous étonner. Après l’ouvrage très documenté «Jihad Academy » et bien senti que vient de nous livrer Nicolas Hénin moins d’un an après sa libération, il publie un livre pour enfant, illustré avec les dessins de son compagnon de détention , le photographe Pierre Torres.

Torrès Hénin dédicaces (6)

 

04 Papa hérisson Hénin
Le titre:« Papa hérisson rentrera-t-il à la maison ? » est directement inspiré de leur expérience vécue dans les geôles du groupe « Etat islamique ». C’est l’histoire d’un petit animal égaré et qu’il faut retrouver. Pierre Torrès se souvenait de l’histoire d’un hérisson ukrainien qui avait fait 70km pour retrouver sa maîtresse. L’idée est née ainsi…

02 Nicolas Hénin dédicace  Nicolas Hénin en dédicace.

Leur hérisson lui, s’est égaré dans un panier de pique-nique ; il est emporté à plusieurs dizaines de km de chez lui mais il va finir lui aussi par retrouver sa famille. Ce livre est d’abord le résultat d’un jeu destiné à tuer le temps où chacun devait se mettre dans la peau d’un animal. Nicolas se souvenait des lectures faites à sa fille et il avait habilement choisi le hérisson car le hérisson dit-il finit toujours par retrouver son chemin. Il avait même écrit le scénario de l’histoire sur des cartons de boite à fromage qu’il a pu emporter avec lui lors de sa libération…

03 Torrès dédicacePierre Torrès et le souvenir d’une aventure de hérisson ukrainien…

C’est donc la version optimiste d’une captivité que nous racontent en texte et en dessin ces deux anciens otages. C’est aussi l’aboutissement d’une promesse faite dans les derniers mois de leur détention.
Avec ses deux ouvrages, le Hérisson et Jihad Academy, Nicolas Hénin voit se concrétiser deux dettes nous dit-il : l’une à sa famille, l’autre à la région du Proche-Orient..

Philippe Rochot

Dédicace des auteurs… Dédicace Hénin Torrès Papa hérisson

Papa Hérisson rentrera t-il à la maison ? Nicolas hénin / Pierre Torrès   Flammarion. 13,50 Euros

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« Jihad Academy » ou les dures leçons de « l’Etat islamique »… Mon œil sur le livre de Nicolas Hénin…Philippe Rochot

« Si les parlementaires français qui sont allés rencontrer Bachar el Assad à Damas avaient pu lire mon livre avant, ils n’auraient jamais fait ce voyage » nous dit Nicolas Hénin avec un humour qui rassure…

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Nicolas Hénin avec la journaliste Basma Kodmani pour la présentation de son livre (28/2/2015 Photo PR)

Pour l’auteur de « Jihad Academy », le vrai criminel dans ce conflit, c’est le régime syrien. On aurait pu s’attendre à un autre coupable de la part d’un homme qui a été pendant près de dix mois otage de « l’Etat islamique » (EI) mais Nicolas Hénin a voulu dépasser sa simple détention et mettre à profit sa longue expérience de journaliste dans la région Irak-Syrie pour nous livrer ce témoignage.
Son analyse a le mérite de sortir des clichés et des schémas habituels pour nous placer devant nos contradictions, nos hésitations, nos peurs, nos difficultés. L’occident a commis des fautes et porterait selon l’auteur, une responsabilité certaine dans la création de «l’Etat islamique » et dans le départ de notre jeunesse vers ces régions en guerre : «Discrimination, marginalisation, communautarisme. Voilà le cocktail qui a permis la flambée de l’Etat islamique écrit-il. En occident, il devient une opportunité pour des jeunes en crise d’identité qui cherchent un moyen d’exprimer leur révolte due aux injustices et aux contradictions du monde… Ces gens sont des produits de notre culture ; ils parlent notre langage, ils ont le même bagage culturel que nous, d’où la force de leur propagande »
Pour le reste « les prisons du régime syrien comme les camps d’internement de l’armée américaine en Irak auront constitué pour beaucoup une très bonne « jihad academy »

Abou Uthman - le nouveau nom de Mickaël Dos Santos France soir.fr ©Jean-Paul NeyTwitter

Nicolas Henin liste les erreurs des puissances engagées. Plus l’occident frappe « l’Etat islamique » et plus celui-ci voit affluer de volontaires dans ses rangs.

 Abou Uthman, jihadiste français – le nouveau nom de Mickaël Dos Santos 

De même, quand les chasseurs-bombardiers américains attaquent les installations pétrolières tenues par l’EI, afin de priver les terroristes de revenus financiers, l’opération se retourne en fait contre les populations civiles, privées de carburant : « Les frappes américaines contre les installations pétrolières, destinées à couper les fonds de l’EI ont accentué la souffrance des civils. »

Jihad academy (Copier)
Mais quand l’occident ne frappe pas, il est aussi coupable aux yeux de l’auteur. Exemple : la non-intervention franco-américaine en Syrie après le bombardement à l’arme chimique de la Ghouta de Damas à l’été 2013, qui aurait fait près de 1500 morts. Le régime syrien, d’abord en état de panique, s’est senti conforté par l’absence de réaction internationale et a jugé qu’il pouvait continuer d’agir contre son peuple en toute impunité. Nicolas Hénin nous fait part aussi de sa consternation quand il songe à ces étranges ballet aériens quotidiens au-dessus de la Syrie : « Dans le ciel d’Alep se croisent des avions de chasse de la coalition et des hélicoptères syriens qui balancent des barils de TNT sur les populations, mais les premiers n’ont pas de mandats pour attaquer les seconds.. »

Armée du djihad etat islamique 2014

On conviendra aisément avec Nicolas que l’occident intervient au « Levant » avec ses «gros sabots », sans finesse apparente et sans guère d’imagination. Il suffit de voir le spectacle que nous offre les médias avec le « show » du Charles de gaulle dans le golfe arabo-persique. Mais face au casse-tête que nous impose l’EI, difficile de se placer en juge des initiatives engagées par les capitales occidentales.
On se rassure en lisant que les vrais coupables sont d’abord aux yeux d Nicolas Hénin les régimes syriens et irakiens. L’auteur fait par exemple le calcul suivant : « L’Etat islamique a exécuté près de 1500 personnes dans les 5 mois qui ont suivi la création du califat et en tout peut-être dix mille personnes »…

Il replace ensuite les assassinats d’otages dans leur contexte réel : « Pour 6 otages exécutés, combien de Syriens d’Irakiens, torturés, tués… Ayons la décence de comprendre le dégoût des Syriens qui après plus de 200 000 morts voient l’occident ébranlé seulement par ses otages décapités ». On pourrait répliquer qu’une nation se sentira toujours plus concernée par le sort de ses propres fils que par celui d’autres innocents de l’autre côté de la méditerranée.

Nicolas, ancien otage du groupe « Etat islamique », estime que le régime Assad, avec son jeu diabolique, a créé et favorisé l’action des jihadistes. La preuve : le régime syrien ne combat pratiquement pas l’Etat islamique et l’Etat Islamique combat peu le régime syrien…Il se contente d’occuper le terrain conquis par la résistance syrienne : « Bachar el Assad n’a aucun intérêt à voir disparaître l’Etat islamique qu’il utilise comme épouvantail. »

Jihadistes EI
Nicolas Hénin relativise la puissance de feu de l’EI. Il estime qu’en Irak, l’Etat islamique n’a pu occuper Mossoul que grâce à la débandade de l’armée irakienne, alors qu’à l’origine les jihadistes ne pensaient même pas entrer dans la ville ou simplement tenir symboliquement un quartier. L’Etat Islamique mène peu d’offensives. Sa puissance, ce sont les tribus et les populations sunnites qui se sont ralliées à lui, tant la haine du régime irakien de Nouri el Maliki était forte.
Dans ces conditions faut-il renouer avec le régime Assad pour combattre l’Etat islamique ? La réponse est non pour Nicolas Hénin. La DGSI aurait tenté de le faire afin de traquer les jihadistes français, mais les services de renseignement syriens ne savent rien et les candidats au Jihad ne passent pas par Damas…On sait seulement que 50% des jeunes qui partent faire le jihad en Syrie ne reviennent pas. Soit ils meurent dans les combats, soit les chefs, méfiants ne les laissent pas repartir…

Nicolas Hénin Basma Kodmani Jijad academy fev 2015 (7)_modifié-1 Jihad Academy est un livre bien documenté, précis. Les intervenants sont bien ciblés et l’analyse sincère malgré une certaine naïveté qui entretient l’éternelle culpabilité du monde occidental dans ce conflit. La démarche de Nicolas Hénin était aussi de nous faire mieux comprendre l’Etat islamique, son fonctionnement, son idéologie, son rôle social, la menace qu’il représente, la psychologie de ses sympathisants et en ce sens l’auteur a pleinement réussi.

Philippe Rochot

Jihad Academy : nos erreurs face à l’Etat islamique
– Nicolas Hénin
Editions Fayard:       18 Euros

 

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Le rôle du bar en Afrique… (extrait de « la guerre du foot » de Ryszard Kapuscinski…

« En Afrique le bar est une deuxième maison. Chez soi on ne peut pas rester assis car il n’y a pas de place. C’est la grisaille et la misère. Les femmes se querellent, les mômes pissent dans les coins….La maison c’est une contrainte alors que le bar c’est la liberté. De plus le mouchard blanc ne fréquente pas les bars car on le reconnaît à 1km à la ronde. On peut donc aborder n’importe quel sujet.Richard Kapushinski Afrique

Kapuscinski en Angola: 1975    (Photo rue89.obs. (Phares et balises)

Le bar c’est le lieu des débats, des discussions, de la philosophie. Le bar s’empare d’un sujet, l’examine, le retourne dans tous les sens pour parvenir à la vérité. Tout le ,monde s’en mêle. Peu importe le thème de la discussion. Ce qu’il faut c’est participer. S’exprimer. Le bar africain c’est le forum de la Rome antique, la place du marché d’une petite cité médiévale, la cave à vins de Robespierre ; c’est là que naissent les opinions, idolâtres ou destructrices. C’est là que l’on est hissé sur un piédestal ou précipité sur la terre battue. Si le bar est enthousiaste, on fera une carrière immense, mais si le bar se moque on pourra retourner dans la jungle… Ragots, fièvre, foule. Ici on s’entend sur le, prix d’une nuuit, là on établit le programme de la révolution, à côté on recommande un bon sorcier, ,plus loin on raconte l’histoire d’une grève. Dans un bar vous avez tout à la fois : le club et le mont de piété, le lieu de promenade et le proche de l’église, le théâtre et l’école, le bistro et le meeting, le bordel et la cellule du parti… »

Ryszard Kapuscinski.

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