Les prix de reportage : ce que retiennent les médias de la marche du monde… Philippe Rochot

Sur mille cinq cents  dossiers de candidature au festival « Visa pour l’image » en 2013, deux cents cinquante traitaient du même sujet : les Roms… Ce chiffre a le mérite de faire sourire son président Jean-François Leroy, mais il faut se demander ce qui dicte le choix  des reporters qui présentent leur travail dans les prix de reportage.

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                       Fabio Bucciarelli: Syrie… Prix World Press 2013 et emblème du Prix Bayeux 2014

Le prix Bayeux des correspondants de guerre lance un appel à candidature au moment où le prix Albert Londres doit sélectionner deux sujets parmi une quarantaine de reportages télévisés et plus de cinquante articles de presse écrite.  Le Festival international du grand reportage (FIGRA)  au Touquet  a retenu cette année soixante-dix documentaires et reportages à la présélection pour en primer une demi-douzaine. Mais partout les thèmes se recoupent.

Car pour être l’heureux élu, il faut  présenter des reportages accrocheurs, traitant de thèmes de société sensibles, actuels, bien ficelés. La sélection devient au fond une synthèse de ce qui passe sur les chaines ou dans la presse, avec le même mot d’ordre qui circule dans les rédactions : « être proche des préoccupations des gens… »

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                 Le jury Albert Londres en délibération au Québec… mai 2013. Une année sur deux le prix est décerné à l’étranger… Photo Ph. Rochot

Dans cet esprit, les sujets consommation se «vendent» bien, avec des titres accrocheurs : « La viande in vitro dans nos assiettes… Enquête sur le jambon beurre… Le business du commerce équitable… Le diesel, exception française…Contre Nestlé jusqu’à la mort… »

Là où le « Prix Bayeux des Correspondants de guerre » met en valeur les conflits du moment, les autres festivals alignent une série de reportages dont les trois quarts peuvent être qualifiés d’anxiogènes. Le sort des enfants martyrs à travers le monde fait toujours recette avec ces « Bébés volés de la dictature d’Argentine… Les enfants de la honte en Chine (sur les fils et filles de condamnés à mort) … Perpétuité pour les enfants d’Amérique ». Le sort réservé aux femmes en Inde, en Afrique ou dans le monde arabe reprend un  nouveau souffle avec « Le cri des femmes du Yémen…Larmes de guerre… Harcèlement sexuel : le mal égyptien ».

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Les quatre journalistes otages en Syrie depuis bientôt un an: Nicolas Hénin, Pierre Torès, Didier François, Edouard Elias. (Manif de soutien à Paris-République:  Photo Ph Rochot)

La guerre en Syrie est en perte de vitesse.Le conflit dure depuis trop longtemps et les prises d’otages freinent l’enthousiasme des plus aguerris : cinq sujets au Figra, quatre  à l’Albert Londres, avec des  titres diaboliques : « L’enfer d’Alep… Feu sur les médecins…La route du Djihad.. ». Du côté du continent noir, les guerres et les massacres refont surface avec  des reportages courageux : la Centrafrique, le Mali ou l’anniversaire du génocide au Rwanda qui 20 ans après, laisse la porte ouverte à toutes les formes d’enquête. Enfin un nouveau front s’ouvre à l’est de notre vieux continent avec l’Ukraine et le rendez-vous incontournable de la place Maïdan à Kiev.

Pareille série de reportages peut donner de notre monde une vision tragique, mais ce sont évidemment des sujets essentiels et il faut saluer la persévérance et la volonté de ceux qui les ont réalisés…

Philippe Rochot

(Prix Albert Londres décerné à Bordeaux le 12 mai / Prix Bayeux le 13 octobre. )

 

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Le tibétain est-il une langue en voie de disparition ? Philippe Rochot.

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Tibet, le lycée de Lhassa 2006 (photo Ph Rochot) 

Quand il parcourt le monde, le Dalaï Lama utilise toujours son anglais rocailleux alors qu’il devrait porter haut et fort l’étendard de la langue tibétaine . Les interprètes de tibétain ne manquent pourtant pas. Quand il visite la France, il peut compter sur le moine Matthieu Ricard qui peut traduire aisément ses propos. La langue tibétaine serait-elle donc  menacée ? Sans doute mais elle survit…

Le tibétain reste un instrument de communication indispensable au pays des neiges. Même si le chinois est la langue du commerce et des affaires, le tibétain tient sa place et son rôle dans l’éducation et les échanges.

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Kelsang Gazangji, professeur d’anglais au Tibet oriental lors d’un échange avec l’association Rokpa.

                          L’association Rokpa, très active au Tibet oriental nous a fait partager un entretien avec Kelsang Gazangji, professeur d’anglais dans la petite ville de Tiansa peuplée à 70% de tibétains. « Les enfants apprennent à prier en même temps qu’ils apprennent à parler » dit-elle pour nous montrer que la culture bouddhiste y reste bien ancrée. Dans son établissement où le nombre d’élèves peut atteindre une centaine par classe, le proviseur et les professeurs sont Tibétains. Les maths et la biologie sont enseignés en tibétain. Les enseignants chinois ne représentent que 10% du corps professoral mais il est clair que les élèves sont encouragés à pratiquer le chinois qui fait partie des matières obligatoires.

La loi précise que l’enseignement doit se dérouler dans la langue des minorités. Mais tout dépend des provinces et des districts. Les cinq provinces chinoises qui ont « avalé » la moitié du Tibet historique dans les années 50, ne fonctionnent pas comme la région autonome. L’enseignement doit aussi tenir compte de l’importance de la population tibétaine dans chaque région.

Une étude du Comité pour l’éducation de la Région autonome du Tibet, (qui représente près de la moitié du « Tibet historique ») affirme que la langue d’instruction principale est le tibétain dans 95 % des écoles primaires. En revanche, seulement 13 % des collégiens et 5,7 % des lycéens tibétains suivent une formation où tous les sujets sont enseignés en tibétain.

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Le Dalaï Lama et son fidèle interprète, Matthieu Ricard: Paris 2009 (Photo Ph Rochot)

Le Tibet, comme les autres provinces, répond au mot d’ordre du parti communiste: satisfaire « les trois garanties », la nourriture, le logement et l’éducation…Une éducation qui n’est pas gratuite, même si le pouvoir chinois l’a de nouveau proclamé en 2006..Il faut toujours « remercier » les professeurs ou les directeurs d’école avec quelques dizaines de yuans ou même des cordyceps, ces précieux champignons des hauts plateaux tibétains, réputés pour stimuler l’appétit sexuel et qui se vendent à prix d’or sur le marché chinois…Des cours privés de tibétain sont également dispensés dans les familles et dans les monastères. Ils ne sont pas gratuits mais ils aident à la survie de la langue tibétaine.

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La communauté tibétaine de France, environ 500 personnes (Photo Ph Rochot)

Les chiffres fournis par l’association Rokpa ne sont pourtant pas réjouissants. Dans les régions tibétaines, l’alphabétisation serait de 38% chez les hommes et de 13% chez les femmes. Akong Rimpoché le président de l’association, assassiné à Shengdu en 2013, disait que l’éducation était plus importante pour les filles que pour les garçons, car ce sont les femmes qui transmettront ensuite le savoir aux enfants.

Mais dans ce domaine, les Tibétains continuent de "voter avec leurs pieds". Pour eux, un meilleur apprentissage de la langue tibétaine se trouve au-delà des frontières de l’Himalaya, vers la terre d’exil du Dalaî Lama.. Les chiffres fournis par le gouvernement tibétain en exil en Inde à Dharamsala parlent d’eux-mêmes . Durant ces quinze dernières années, 49.000 enfants tibétains ont fui la Chine pour suivre un enseignement plus adapté à leur culture. Quand on connait les épreuves et les sacrifices que représentent un tel passage clandestin du Tibet à l’inde, il faut croire que ces familles avaient envie de tourner la page.

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Akong Rimpoché, fondateur et ex président de Rokpa  (photo du site Rokpa)

La langue tibétaine survit néanmoins dans le système d’enseignement chinois. Lorsque le fondateur de l’association Rokpa, Akong Rimpoché est retourné au Tibet quelques années après la révolution culturelle, il estimait que la langue tibétaine était en voie de disparition. Elle a quand-même repris un nouveau souffle.

Philippe Rochot

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L’armée des fillettes de terre cuite : le fabuleux projet de Prune Nourry…par Ph. Rochot)

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Il faut se frotter les yeux avant de regarder. L’armée de terre cuite de l’empereur Qin Shi Huangdi, site incontournable de toute visite en Chine, n’est plus composée de soldats mais de fillettes, moulées elles aussi dans l’argile : 116 jeunes filles exactement, qui symbolisent le déséquilibre de la natalité en Chine. Car au pays de l’enfant unique où les parents préfèrent les garçons qui s’occuperont d’eux durant leurs vieux jours, on ne compte que 100 filles pour 116 garçons.. 16 filles manquent à l’appel.

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A travers ces écolières de terre cuite qui portent le foulard et l’uniforme, Prune Nourry veut dénoncer l’avortement sélectif. La malédiction de naître fille empoisonne la vie des sociétés des deux pays les plus peuplés du monde : la Chine, mais aussi l’Inde…Le message, calqué sur cette armée de terre cuite qui fait la fierté des Chinois, est fort.

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Les modèles ont été choisis dans les rangs de l’association « les Enfants de Madaifu » qui veille sur l’éducation d’orphelins chinois et d’enfants des rues dans la région du Gansu. Huit fillettes ont été ainsi sélectionnées. Les statues ont été moulées par l’un de ces artisans qui peuplent la région de Xian où l’armée de terre cuite a été enterrée il y a plus de 2000 ans et qui tiennent ces petites entreprises baptisées « fabriques d’antiquités ». Mais leur métier est de mouler des soldats, pas des fillettes. Prune Nourry a dû les convaincre que pareil travail n’était pas déshonorant. Bien au contraire. L’argent récolté permettra de financer les études des huit modèles durant trois ans.

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Les fillettes de terre cuite connaîtront le même destin que les guerriers de Xian et seront enterrées secrètement. Mais en 2030, elles reverront le jour. Il faudra alors se demander quinze ans après, comment a évolué la politique de l’enfant unique, si l’avortement sélectif a régressé et si la société chinoise a répondu à cette campagne lancée par le pouvoir : « appréciez les filles ! »..

Philippe Rochot

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"Terra cotta daughters"  Expo au 104 : 5, rue Curial Paris 19ème.

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Les prix de reportage: la bouée de secours des photographes… Ph Rochot

Mon dernier papier pour "Compétence Photo": N°39.

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Extrait Itv Sandra Calligaro (bourse du Talent Reportage) 

« Obtenir la bourse m’a permis d’avoir de la visibilité.. J’ai pu présenter mon travail sur différentes radio ou chaines de télévision et faire découvrir ce visage de l’Afghanistan à davantage de monde… J’ai commencé à travailler sur ce qu’on ne montrait jamais, ce qu’on jugeait peu intéressant dans un pays en guerre. J’ai cherché les situations triviales, banales, comme une mère de famille regardant une série télévisée, pour rapprocher un tout petit peu les Afghans des lecteurs et des spectateurs français. Je voulais souligner la fragilité de ce groupe urbain qui est né avec l’arrivée de l’OTAN et de la présence américaine mais qui risque de disparaître avec le départ des troupes, en 2014. Poser la question de ce qu’ont apporté les Occidentaux, en bouleversant une culture. »

Photos et témoignages de Alain Buu, Sandra Caligaro, Majid Saadi…
dans 2 doubles pages du N°39 de "Compétence Photo"

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Ma rencontre avec « l’œil du siècle »… Henri Cartier-Bresson en 500 photos au Centre Pompidou…Ph. Rochot

Henri Cartier bresson

« La séance photos va durer longtemps ? demande Simone de Beauvoir à Henri Cartier-Bresson…

- Un peu plus que chez le dentiste, mais moins que chez le psychanalyste, répond HCB…

Ces témoignages sur la vie du photographe, présentés à l’exposition, nous éclairent sur les rapports intimes que le maître a entretenus avec les personnalités du monde des arts et de la culture, qui elles aussi, ont marqué le siècle. Cartier-Bresson raconte par exemple sa séance-photo avec François Mauriac où l’écrivain lui demande :

- Que dois-je faire ?

- Soyez vous-même répond HCB…

- Comme vous êtes compliqué réplique François Mauriac !

Étonnante façon d’aborder des célébrités comme Frédéric Joliot-Curie. Un mot est placé sur la porte de son domicile où il est écrit « entrez sans frapper ! » Ce que fait Cartier-Bresson qui se trouve alors face au physicien et à son épouse : « j’ai ouvert et j’ai tiré » dit-il, comme un cow-boy pénétrant dans un saloon.

Cartier Bresson Camus libre de droits

Albert Camus: (Photo Henri Cartier-Bresson)    

Ses rapports très directs et très proches avec les personnalités de l’époque sont révélés par une photo du peintre Henri Matisse à Vence en 1944, la tête ceinte d’un bandeau, avachi dans son fauteuil et entouré de colombes sorties de leur cage. HCB était à l’aise avec les écrivains, les artistes, un peu moins avec les vedettes de cinéma : « je n’arrive pas à photographier les acteurs car ils connaissent trop bien leur métier » disait-il.

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Difficile de trouver expérience plus riche parmi les témoins du siècle passé. L’exposition qui se tient au Centre Pompidou jusqu’au 8 juin nous permet d’embrasser pour la première fois toute la carrière de l’homme avec plus de 500 photos, documents, films dessins et de « scanner » tous les aspects de son itinéraire à travers le siècle.

Dès l’âge  de 12 ans, Henri Cartier-Bresson possèdait un appareil et prenait ses premières photos. Mais sa vocation première était la peinture qu’il avait apprise à l’académie d’André Lhote. "J’ai toujours eu une passion pour la peinture. Enfant, j’en faisais le jeudi et le dimanche. J’avais bien un Brownie Box comme beaucoup d’enfants mais je ne l’utilisais que de temps en temps pour remplir de petits albums avec mes souvenirs de vacances (extrait de "images à la sauvette": 1952.

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Cartier-Bresson décida de devenir photographe au début des années 1930 mais gardera toujours en tête cette passion pour la peinture et le dessin. Il y reviendra à la fin de sa vie avec des autoportraits plus ou moins réussis devant lesquels le visiteur passe assez rapidement… Car c’est avant tout son travail photographique qui attire et fascine. HCB le résume à sa manière : « une combinaison de reportages, de philosophie et d’analyse sociale et psychologique ».

henri Cartier bresson livres photos web

Tout cela est contenu dans ces photos jaunies, souvent de petits formats qu’il a parfois tirées lui-même. Tous les tirages présentés sont d’époque. Le commissaire à l’exposition Clement Chéroux explique ce choix : "Jusqu’à présent, quand Henri Cartier-Bresson faisait une exposition, tout était tiré pour l’exposition. Cela donnait une idéee assez uniforme de l’œuvre. On veut montrer le parcours de Cartier-Bresson à travers le 20e siècle, que le Cartier-Bresson des années 1930 n’est pas le même que celui des années 1960. On ne peut pas figer Cartier-Bresson dans une espèce de statue immuable."

Cartier bresson les congés payés

Les congés payés: (photo Henri Cartier-Bresson)

Les admirateurs de HCB ont en tête une dizaine d’images du maître, dont celle de la bousculade d’une foule chinoise à Shanghai en 1948, qui se bat pour acheter de l’or, tandis que le régime du Kuomintang vit ses derniers jours. Mais c’est oublier des milliers d’autres clichés, comme ces premiers reportages en Afrique que réalise Cartier-Bresson, alors qu’il n’a guère plus de vingt ans: le Niger, le Cameroun, le Togo, la Côte d’Ivoire et ses pêcheurs franchissant la « barre »….

Appareils Cartier-bresson libres de droits Leica

C’est aussi le début de son engagement anticolonialiste et le point de départ de centaines d’autres reportages qui le conduiront sur les combats de la guerre d’Espagne, les champs de bataille de la deuxième guerre mondiale, les parades ouvrières au pays des soviets où la foule brandit les portraits de Marx et de Staline …Car HCB se déclare communiste. Photographe peut-être, mais aussi militant du Parti. D’où une certaine tendresse dans son regard sur la vie quotidienne dans les pays placés sous le signe de l’étoile rouge : Russie, Chine, Mongolie etc..

 

CHINA. 1948-1949.

Shanghai, 1949, derniers jours du Kuomintang: les habitants tentent de changer leur argent en or..

Dans ses reportages en Union soviétique, Cartier-Bresson expérimente pour la première fois la couleur, sans être convaincu que cet élément puisse aller au-delà du message que nous transmet l’image noir et blanc. « Pour
 moi,
 la
 couleur
 est un
 moyen
 très
 important
 d’information,
 mais
 très
 limité
 sur
 le
 plan
 de
 la reproduction, qui reste chimique et non transcendantale, intuitive comme une peinture . A la différence du noir, donnant la gamme la plus complexe, la couleur n’offre qu’une gamme tout à fait fragmentaire".

Cartier-Bresson queue expo fev 2014 (1bn)

HCB au Centre Pompidou jusqu’en juin…

La rétrospective du centre Pompidou n’oublie aucun aspect de son itinéraire. Là est sans doute sa richesse. On y voit même HCB dans les films de Jean Renoir, tantôt assistant, tantôt acteur. Il estimait que le cinéma était porteur  d’un message très fort, peut-être plus que la photo. C’est pourtant grâce à l’image fixe, à ces milliers de scènes de vie saisies au hasard de ses reportages et de ses voyages, que son œuvre restera dans nos mémoires.

Philippe Rochot

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Une autre vision du photo reportage: l’image gagnante du World Press…. Ph Rochot

 

           Des migrants africains sur les bords de la mer rouge brandissent leurs téléphones portables vers la pleine lune pour tenter de capter un réseau improbable qui les mettra en contact avec leurs familles en Somalie ou en Ethiopie. Il faut saluer  la décision du jury du World press d’avoir accordé cette année le prix convoité par des milliers de photo reporters à cette image inhabituelle.

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                            Ces dernières années il récompensait plutôt la violence, la douleur, avec des images capturées en territoire de guerre à Gaza ou en Syrie. Il se plaisait à mettre en valeur l’esthétique de la mort, montrant des corps meurtris dans des poses rappelant une descente de croix ou quelque Pietà de Michel Ange.

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World Press 2012: scène de révolte au Yemen…

             Cette fois l’image ne montre ni la douleur ni la souffrance,  mais traduit mieux que toute autre le désarroi des migrants qui tentent de capter vers le ciel un signe de vie et d’espoir.

              Il faut saluer  le regard de John Stanmayer, membre fondateur de l’agence VII et auteur de cette image. Il s’attache à cette scène plutôt qu’à celle des barcasses en perdition sur la mer rouge, pour nous faire sentir le drame vécu par les migrants. Stanmayer, qui peut se vanter d’avoir eu dix huit fois au cours de sa carrière l’honneur de voir ses photos publiées à la « Une » du magazine « Time », nous offre une autre vision, une autre façon de traiter l’événement, plus profonde, plus sensible, moins crue, moins directe et donne un nouveau souffle au photo reportage. 

Philippe Rochot

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Vu en avant-première: « Apocalypse la 1ère guerre mondiale » ou le retour en force de Daniel Costelle.

Apocalypse photo affiche 1ère guerre

Saviez vous que le jour de l’assassinat de l’archiduc François Ferdinand à Sarajevo le 28 juin 1914, événement déclencheur de la 1ère guerre mondiale, c’ était aussi le départ du Tour de France ? Cette insouciance qui régnait sur l’Europe avant qu’elle ne bascule dans un conflit qui allait faire 19 millions de morts, le réalisateur Daniel Costelle nous la montre dans une série de cinq heures sur la "grande guerre" composée de documents souvent inédits. Le « citoyen-journaliste » existait à l’époque. Côté français il s’appelait Renaud Ferrari et possédait une caméra de 28mm, baptisée « Pathé coq » avec laquelle il filmait sa famille, menacée par la percée allemande sur Paris. Côté allemand il s’appelait Frantz ou Kurt et revenait du front pour une brève permission où il faisait une démonstration de masque à gaz, filmée par son épouse.

Bataille de la Somme soldats anglais 1916

Bataille de la Somme, soldats britanniques: 1916

                   Ces témoignages, Daniel Costelle et Isabelle Clarke sont allés les chercher dans 150 cinémathèques différentes. Ils ont assemblé 500 heures de rush, pour en tirer ce documentaire de cinq heures en cinq épisodes qui sera diffusé en mars prochain.                    Ne leur dites pas que le film a été « colorié » mais « recolorisé ». Car ce sont bien les couleurs telles qu’elles étaient à l’époque qui ont été restituées et donnent aux séquences une deuxième vie. Les progrès du numérique, notamment en matière « d’identification lumineuse » ont fait des miracles et sauvé parfois une pellicule en état de décomposition avancée. Costelle insiste pour nous dire que les sons n’ont pas été reconstitués . Il s’agit des sons authentiques, restaurés par un collectionneur qui possède aussi bien des tirs d’obus que des explosions de grenades ou les sabots des chevaux ravitaillant le front de la Marne.

Trois historiens ont travaillé à ce documentaire qui devrait connaitre autant de succès que « Apocalypse, deuxième guerre mondiale », diffusé dans 165 pays et vu par 350 millions de téléspectateurs. Le réalisateur a même fait appel à un spécialiste du matériel d’armement pouvant décrire la fonction de chaque fusil et de chaque pièce d’artillerie : « deux jours de travail par minute de film » insiste Costelle pour nous montrer l’ampleur de la tache…

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Bataille de Gallipoli: l’objectif était d’ouvrir la voie vers Constantinople

On retrouve ainsi des séquences historiques rarement montrées comme la bataille de Gallipoli pour le contrôle du détroit des Dardanelles  où Français et Britanniques vont essuyer  une cuisante défaite. On découvre aussi la longue marche des Arméniens vers le désert de Syrie, pour tenter de fuir le génocide ordonné par le pouvoir turc qui allait faire plus d’un million de morts.

Apocalypse 1ère guerre mondiale

Daniel Costelle a écrit le texte. Il aurait bien voulu le dire si sa voix n’avait pas été éprouvée par les ans. Il a donc à nouveau confié ce rôle à Mathieu Kassovitz selon le même principe : commentaire sobre et clair, citations de témoins d’époque lues par le commentateur, pas d’interviews . Le réalisateur nous prévient dès le début que certaines séquences utilisées ont été reconstituées à l’époque. On a parfois du mal à le voir sauf quand des poilus foncent vers la caméra baïonnette au canon… Le reportage su la fabrication de pareil documentaire sera aussi passionnant à suivre, mais c’est une autre histoire…

Philippe Rochot

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