Photographier au Tibet: un pari toujours risqué (article paru dans "Compétence Photo N°34) par Ph Rochot…

             Des autocars mauves ont envahi le parking au pied du palais du Potala, à côté du vieux Mig21 chargé de rappeler à la population ce printemps 1950  où l’armée populaire  commença la « libération pacifique du Tibet ». Les touristes chinois se précipitent au dehors, braquant leurs objectifs en direction de l’ancienne résidence des Dalai lamas.

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            Ils sont plus de trois cents, venus spécialement pour « la fête des fleurs de pécher », un événement tout à fait artificiel créé par les Chinois et destiné à attirer les touristes au Tibet. En 2012, dix millions de visiteurs, essentiellement chinois, ont foulé les hauts-plateaux du pays des neiges, équipés des derniers modèles d’appareils photos et de chambres panoramiques… Qui oserait donc prétendre que le Tibet est un pays sans images ? Les Chinois en produisent des millions… Mais ces reporters en herbe se contentent d’une vision folklorique du pays : danses et temples restaurés, moulins à prière… Leurs photos ne donnent aucune idée des drames qui se déroulent sur le toit du monde. 

Depuis le soulèvement du printemps 2008, à la veille des jeux Olympiques de Pékin puis les immolations par le feu où plus de 110 Tibétains ont trouvé la mort en trois ans, une nouvelle chape de plomb s’est abattue sur cette terre sacrée. Les visas de journalistes sont donnés au compte-goutte. Un photographe français basé à Pékin s’est vu refuser un permis pour le Tibet sous prétexte que « c’est à cause des journalistes que les Tibétains s’immolent par le feu, ils veulent se rendre intéressants ».

           La suite dans le N°34 de "compétence Photo" avec les témoignages de Marie Louville, Olivier Fölmi, Pierre Bessard, Laurent Zylberman,

Avec des Photos de Olivier Adam et Philippe Rochot…

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«J’entends battre le cœur de la Chine » Points de vue autour du livre de Serge Koenig… Philippe Rochot

          « Un diplomate qui est entré en Chine il y a trente ans en passant par l’Everest et qui continue de grimper les falaises ou de voler en parapente intrigue… » Serge Koenig résume en cette phrase un autoportrait qui me parait fidèle.

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Serge Koenig à Lhassa (Tibet) octobre 2000. Photo Ph Rochot

           A 55 ans ce guide chamoniard a pénétré en Chine par la voie royale : celle du Tibet, au début des années 80. On le rencontre ainsi sur les flancs de l’Everest durant la première expédition française de l’après-guerre sur le versant chinois. Depuis sa passion pour les montagnes de l’Himalaya ne l’a pas lâché. En 1988, avec l’opération Sagarmatha, il réussissait à filmer en direct l’ascension de la plus haute montagne de notre terre. Même si l’expédition a été endeuillée, l’exploit marquait un pas important dans la couverture télévisée de la conquête des géants de l’Himalaya. On en retrouvera un nouvel aspect en juin 2008 avec l’itinéraire de la flamme olympique au sommet de l’Everest, filmé en direct pour des milliards de téléspectateurs.

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Lhassa (Tibet) Serge Koenig en escalade (oct 2000) (Ph Rochot).

         C’est le récit de son parcours d’obstacles que Serge Koenig raconte dans son livre « j’entends battre le cœur de la chine ». Car l’homme vit à présent depuis cinq ans au beau milieu de l’empire, dans la province du Sichuan, sur les « marches du Tibet » où il développe un projet de coopération pour le développement des sports de montagne avec les Chinois. L’intérêt du programme « Alpes Sichuan » est aujourd’hui totalement reconnu, mais ça ne fut pas toujours le cas. Côté Chine d’abord : « traiter dans ce pays c’est commencer par accepter que le Chinois soit maître du jeu et toujours gagnant » écrit Serge Koenig. Mais côté français il faut surmonter la méfiance du lobby tibétain qui estime que toute coopération avec la Chine surtout dans un domaine qui touche le Tibet est suspecte.

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Ecole des guides de Lhassa (Tibet)  2005 (Philippe Rochot)

         L’alpiniste chamoniard en a fait l’expérience en montant en 2000 l’école des guides de Lhassa, destinée à former des Tibétains pour conduire vers les sommets les montagnards chinois et étrangers. Les associations de défense du Tibet ont mené campagne contre cette institution cherchant à la discréditer, attaquant même les journalistes comme votre serviteur pour avoir fait des reportages sur cette école qui n’allait pas tarder disaient elles à en « chasser les élèves tibétains pour mettre des Chinois à la place… »  Il n’en a rien été. Je suis retourné dans cette école des guides de Lhassa quatre ans après. Elle était financée par Airbus qui soutient ce projet aujourd’hui encore.

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Ecole des guides de Lhassa (2005) Photo Ph Rochot.

Des Tibétaines y ont même fait leur entrée et le plus grand mur d’escalade au monde que j’aie jamais vu a été construit là. Plus de dix ans après ce projet est reconnu et accepté par tous : une petite victoire pour Serge Koenig qui a bien failli perdre sa place à l’Ecole nationale de ski et d’alpinisme..

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          Aujourd’hui le guide chamoniard est devenu vice-consul de France à Chengdu, la capitale de la province du Sichuan ou il réside d’où il gère le programme de "développement montagne" Chine : des « via ferrata », des stations de ski pour lesquelles il faut souvent aller chercher la neige en altitude.

           Serge Koenig a dû affronter le grand tremblement de terre de 2008 qui a fait près de 90.000 morts, puis le dernier séisme d’avril 2013 mais ces catastrophes ne changent rien à ses projets, ni à ceux des Chinois.  C’est peut-être aussi cela entendre battre le cœur de la Chine.

Philippe Rochot

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Mali : la nouvelle donne peut-elle changer le sort des otages ?

Philippe Rochot

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           Idriss Deby vient sans doute d’être sauvé par le gong. Au moment où la France commence officiellement le retrait de ses troupes du Mali, le président tchadien peut annoncer fièrement lui aussi que ses combattants du désert rentrent au pays. Un bataillon mécanisé a même déjà regagné Ndjamena.« Nos soldats ont accompli leur mission » déclare t-il au moment où l’assemblée nationale vote à la hâte le retrait des forces tchadiennes du Mali. Ce repli est accueilli avec soulagement par la population car le Tchad aura payé le plus lourd tribu dans cette guerre : trente morts lors d’une embuscade dans le massif des Ifoghas. Nouvelle tragédie vendredi 12 avril: un kamikaze tue trois autres soldats tchadiens en faisant exploser ses charges à l’entrée du marché de Kidal. Les hommes d’Idiss deby deviennent nerveux, tirent en l’air ; il est temps de sonner la retraite. Les tchadiens sont de bons combattants mais reconnaissent qu’ils ne maîtrisent pas cette technique de guérilla.

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          Les deux mille soldats de Ndjamena ont eu un rôle déterminant dans la reconquête des territoires du nord Mali aux côtés des forces françaises. Ils se vantent d’avoir éliminé au moins l’un des chefs d’Aqmi, Abou Zeid, l’homme qui détenait les otages français. Idriss Deby affirme qu’il s’est fait exploser pour ne pas tomber entre les mains de ses soldats mais le résultat est là, les djihadistes ont essuyé un sérieux revers. Tout le monde espère qu’il n’a pas eu de conséquences sur le sort des otages et que la disparition annoncée de Philippe Verdon est un accident, pas une éxécution..

          C’est par  écoutes téléphoniques que Français et Tchadiens ont réussi à localiser Abou Zeid. Ses hommes et ses partisans en ont tiré la leçon. Le silence radio domine à présent dans le désert des Ifoghas…Idriss Deby estime que les otages sont toujours vivants mais pas dans la région. On peut facilement comprendre que les djihadistes n’avaient aucun intérêt à les garder en première ligne alors qu’ils possèdent des caches jusque dans le sud libyen et que le sanctuaire des Ifoghas a été abandonné depuis plusieurs semaines.

              Les hommes d’Aqmi ont le temps. Ils ne ressortiront la « carte des otages » qu’au moment opportun. Le premier retrait de soldats français du Mali n’en est sans doute pas un. La France retire officiellement ses 4000 soldats pour ne laisser qu’un millier d’hommes qui assisteront et même encadreront les forces africaines de la Cédéao. Mais dans l’esprit des combattants d’Aqmi, elle continuera d’être en première ligne et restera l’ennemi tout désigné.. Les forces africaines qui seront composées de 4000 soldats venus du Sénégal, du Tchad, du Niger, du Togo, du Bénin ne formeront pas un corps homogène. Elles seront mal à l’aise sur ce genre de terrain et c’est la France qui gardera l’initiative. Un responsable du Pentagone Michel Sheehan a carrément donné le ton : « les forces de la Cédéao sont totalement incapables… Débusquer Aqmi des montagnes et attaquer leur commandement est un boulot qui doit être fait par une force bien plus capable. L’ONU ne peut faire cela et nous ne devons pas attendre d’elle qu’elle le fasse. Ce sera aux Français, peut-être avec notre soutien de s’en occuper ».

          Les forces françaises resteront donc leader dans la guerre du Mali et la France avec ses otages sera toujours exposée, donnant ainsi des arguments aux mouvements terroristes d’Afrique qui détiennent des Français.

          Une solution pour les otages français du Mali peut encore venir des changements d’alliance entre les groupes qui se partagent le pouvoir dans la région du Sahel et dont certains ont envie de négocier.

Philippe Rochot

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Voyage au pays de « l’axe du mal » : « Le dernier testament de Kim Jong Il » : Un livre d’Arnaud Duval.

   Philippe rochot

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              « Quand on va là-bas on se sent obligé de témoigner » dit d’emblée Arnaud Duval pour justifier la sortie de son livre « le dernier testament de Kim Jong Il ». Il n’est pourtant ni historien ni reporter mais il possède à coup sûr  la fibre journalistique et une curiosité qui le pousse à en savoir plus, même dans le pays le plus fermé du monde. Il donnait une conférence ce lundi 25 mars à la maison de la Chine, quelques heures avant que Kim Jong Un, le nouveau leader nord-coréen ne lance clairement la menace de bombarder les bases américaines du Pacifique.

      Image   Depuis la grande guerre de Corée qui débuta en 1950 avec l’engagement de la Chine et des Etats-Unis et se termina trois ans plus tard avec deux millions de morts, le pays vit sous le régime du « nationalisme victimaire ». La peur entretenue de l’impérialisme américain, la volonté de maintenir la nation dans une atmosphère de guerre froide permet au régime totalitaire nord-coréen de survivre.

         L’auteur a pu se rendre à quatre reprises dans ce pays classé parmi les pays de « l’axe du mal » par l’ancien président Georges Bush. Il a notamment traversé en train les provinces du nord, là où la population souffre encore de la faim. Arnaud Duval raconte par exemple cette anecdote . Un chauffeur de camion chinois transportant de la farine renverse un enfant qui meurt sur le coup. Bouleversé, l’homme ne sait quoi faire pour indemniser la famille et le village. Il redoute d’être lynché et propose alors de donner sa cargaison. La population n’en espérait pas tant. Le chauffeur chinois est accueilli comme le messie ; on se prosterne devant lui alors qu’il vient de tuer un enfant.

          L’auteur décrit aussi ces villes de Corée du nord où l’électricité ne fonctionne qu’une heure ou deux par jour. Impossible de parler à la population sans s’exposer à des représailles et sans menacer la sécurité même des gens. Arnaud Duval décrit la Corée du nord comme un pays où « tout est fait pour que vous ne voyiez rien. On dirait que les gens sont des acteurs, qu’ils jouent un rôle… »

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Il constate aussi la rigidité de la société divisée en trois classes : les fidèles au régime, les « utiles », les indésirables…Mieux vaut ne pas appartenir à cette dernière catégorie. La culpabilité d’un homme s’étend sur trois générations. Un gamin sera rendu coupable des « crimes » de son grand-père durant toute sa vie.

Arnaud Duval mêle habilement son témoignage personnel à l’histoire du pays pour aboutir à la situation présente. Faut-il avoir peur des gesticulations de la Corée du nord ? Les Chinois seraient en mesure de mieux contrôler les agissements du « pays du matin calme » mais gardent cela comme un atout face aux Américains.

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La réunification des deux Corées ? Elle est souhaitée des deux côtés mais elle aurait un coût financier énorme pour le sud. Le nucléaire ? le régime nord-coréen voulait que le pays soit déclaré puissance nucléaire en 2012 pour marquer le centième anniversaire de la naissance du « grand leader » Kim il Sung. C’est aujourd’hui chose faite…

 Philippe Rochot

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Une Croix sur les otages… ou le calvaire des captifs d’Aqmi.

otages
Nos otages d’Afrique…
Par Philippe Rochot
                       Il faut remonter à la première guerre du Golfe pour trouver autant d’otages français en détention. En octobre 1990, 67 de nos compatriotes avaient été dispersés sur des sites stratégiques par les forces de Saddam Hussein, pour parer à tout bombardement américain sur l’Irak.
                    Aujourd’hui, quinze français sont entre les mains de groupes terroristes d’Afrique de l’ouest, détenus eux aussi comme boucliers humains mais sur la tête desquels des revendications confuses et changeantes ont été placées..                        Quand les 4 employés d’Areva ont été enlevés en septembre 2010, le groupe Aqmi a réclamé d’emblée le retrait de l’armée française d’Afghanistan, ne sachant pas que la France avait déjà pris cette décision.  Des rançons financières, des libérations de djihadistes emprisonnés, la volonté de lutter contre les "croisés" sont venues ensuite alimenter la liste des exigences. Puis de nouvelles prises d’otages et l’avancée des groupes islamistes en direction du sud du Mali ont poussé Paris à intervenir. L’objectif des djihadistes était aussi d’attirer la France dans une intervention armée afin qu’elle se batte sur le propre terrain de ces combattants du désert: celui du sable et de la rocaille. En ce sens ils ont réussi. L’armée française a engagé près de 4000 hommes dans la traque des djihadistes, mais malgrè les faits d’armes vantés par nos dirigeants, elle est loin d’avoir gagné la partie.
                        Les otages payent à présent le prix de cette intervention et leur situation est devenue intenable.
                  En proclamant haut et fort que la France ne paierait plus de rançon, François Hollande trace une croix sur les otages. De telles déclarations agacent les ravisseurs, bloquent les éventuelles négociations et démoralisent les familles.
                  Officiellement la France a toujours dit qu’elle ne payait pas de rançon. Mais qui peut penser que notre pays va renoncer à donner quelque chose pour récupérer ses citoyens détenus à l’étranger? La rançon n’est pas toujours financière; elle est souvent politique et devient le fruit d’un dialogue, d’une négociation à minima. L’honneur d’une démocratie est même parfois de mettre en danger la vie de plusieurs hommes pour en récupérer un seul, comme l’ont fait les forces spéciales en Somalie.
                        On sait aujourd’hui que la France n’a pas baissé les bras dans l’affaire des otages du Sahel. Un officier de la DGSE, le colonel Gadoulet a même pu rencontrer Abou Zeid le chef des preneurs d’otages dans son repère et transporter trois otages dans sa voiture au début des négociations… Des hommes se sont donc trouvés au plus près des Français détenus et il faut saluer leur courage.
                    Malgré l’exécution annoncée d’un nouvel otage, la France ne peut pas renoncer, même si la détermination des ravisseurs et la vigilance des pays qui prétendent donner des leçons de fermeté à la France, poussent au découragement.
                     La cour pénale internationale toujours prête à dénoncer les exactions des forces en guerre semble nier l’existence même des otages alors que la détention et l’assassinat d’innocents, relèvent du crime de guerre. Là pourrait être un nouvel espoir si la communauté internationale n’avait pas décidé de se voiler la face et de mettre elle aussi une croix sur les otages.
 
Philippe Rochot
                   
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Couvrir l’Afghanistan après le retrait des forces internationales

Ashural Bombing

Attentat à Kaboul: photo Massoud Hosseini, prix Pulitzer 2012…

par Philippe Rochot pour "Compétence Photo" N°33 (extrait)

                  Plus d’un an après, Massoud parle encore de l’attentat avec la voie chargée d’émotion. C’était le 6 décembre 2011, Massoud Hossaini photographe de l’Agence France Presse à Kaboul, couvrait les cérémonies de Achoura au sanctuaire chiite de la capitale quand la bombe a explosé : des morts et du sang partout et puis cette fillette debout au milieu des corps déchiquetés qui crie sa douleur. Massoud, témoin de la scène, épargné par l’explosion a pu prendre l’image qui sera publiée dans le monde entier. Il a reçu pour cela le prix Pulitzer en avril 2012. Il en est fier bien sûr mais pareille récompense le met dans la ligne de mire des groupes d’opposition et de ceux qui ont perpétré l’attentat.

                 Massoud continue pourtant son travail de témoin pour la plus grande satisfaction des médias du monde entier qui devront s’appuyer de plus en plus sur des reporters comme lui, quand les forces étrangères auront quitté  l’Afghanistan en 2014. Car jusque-là, pour des raisons de sécurité, la presse internationale réalisait surtout ses reportages, embarquée avec les militaires américains, français, britanniques ou allemands qui ont compté jusqu’à 130.000 hommes. Mais de l’Afghanistan, on percevait peu de choses, peu de vie. Le contact avec les populations locales restait limité, faussé par la présence des soldats étrangers. Aujourd’hui, des reporters comme Massoud Hossaini peuvent assurer la relève et nous apporter un autre regard…

                         La suite dans le N°33 de "Compétence Photo"..

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Tibet dernier cri… Un livre d’Eric Meyer et Laurent Zylberman.

 58 Tibet Xiahe nouvel an tibétain_2005

Photo Ph Rochot.

Encore un livre sur le Tibet ! C’est sans doute la réflexion qui a couru dans les maisons d’édition parisiennes quand Éric Meyer, correspondant en Chine depuis près de 25 ans à présente son ouvrage. "Tibet, dernier cri" a pourtant le mérite d’avoir été écrit quelques mois seulement après les émeutes de mars 2008. L’auteur explique ces hésitations par une gêne des éditeurs, prisonniers d’une mentalité occidentale qui s’est alignée sur les thèses du Dalaï Lama avec en face une Chine autiste, incapable de communiquer sur les problèmes du pays des neiges.
Les maisons d’édition nous dit Éric Meyer, estiment qu’un livre sur le Tibet doit se ranger sur une des deux voix dominantes, "de préférence celle des exiles"…Or son récit de voyage nous fait entendre les deux voix ce qui brise les schémas habituels.
Mais c’est sans doute le mérite de ce "Tibet dernier cri" sorti finalement aux éditions de l’aube après le lancement de différentes souscriptions à travers le monde (222 sponsors) et que l’on peut trouver enfin en librairie.
Tout n’est pas blanc et noir au pays des neiges. Il n’y a pas d’un côté les Tibétains et de l’autre les Hans, mais des communautés au destin étroitement mêle’. Éric Meyer nous fait ainsi rencontrer des personnages comme Yi Yuanfei, patron de l’eau au Tibet. Son père est Han, chinois donc et sa mère est Tibétaine. Il parle mandarin dans le travail et tibétain le soir avec ses amis d’enfance. Il pourrait symboliser le dialogue entre les deux cultures et entre les deux peuples.
Ce voyage à travers le Tibet se déroule sous la haute surveillance du représentant du ministère chinois des affaires étrangères, mais l’auteur connait suffisamment la Chine pour ne pas prendre au premier degré les chiffres livrés par les représentants du parti. Ainsi, l’état chinois aurait dépensé en cinq ans 12 milliards d’euros pour équiper le toit du monde mais le revenu du paysan tibétain reste inférieur de deux fois à la moyenne nationale. Comment croire aussi les chiffres officiels qui annoncent d’emblée que le taux d’alphabétisation au Tibet atteint 95% de la population. Mais quand un officiel reconnaît que les émeutes de mars 2008 ont fait baisser le tourisme de 70%, on peut facilement le croire.
Le récit d’Eric Meyer est bien documenté et donne du Tibet une vision réelle, objective, dépassionnée. Même après une centaine d’immolations de Tibetains par le feu ces deux dernières années, ce "Tibet dernier cri" reste d’une forte actualité. La sobriété des photos en noir et blanc de Laurent Zylberman jalonne le récit de ces voyageurs qui n’auront finalement passé qu’une quinzaine de jours au pays des neiges. Mais tout éclairage et tout regard sur ce Tibet interdit reste aujourd’hui plus que jamais précieux.

Philippe Rochot

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